Roman Sans titre 2, la suite.

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CHAPITRE 1

L’ambiance au Blue Lagoon était étouffante ce soir encore. Les projecteurs, les clients et les danseuses réchauffaient l’atmosphère déjà aride de ce mois d’Août.

Descendant tout juste de scène après son spectacle sensuel, une jeune femme d’une trentaine d’années, très maquillée, ses longs cheveux dorés tombant dans son dos, vêtue d’un simple mini short à sequins rouges vif et de nipples tout aussi brillants, se dirigeait vers le bar en saluant d’un sourire forcé les hommes qui la dévoraient du regard.

Derrière le comptoir, alors qu’une autre jeune femme l’avait remplacée sous les projecteurs et que la musique avait changé, tout aussi tonitruante, elle essuya un peu sa sueur, se passa du déodorant sur les aisselles et commença à servir les verres commandés en salle. Elle devait souvent esquiver les mains un peu trop baladeuses, mais elle s’arranger pour donner alors à ses hanches un mouvement sexy. C’est que… C’est son pourboire qui est en jeu aussi !

Se penchant toujours bien trop près à son goût pour écouter les commandes des clients, elle faisait son nouveau travail depuis quelques minutes à peine quand le grand patron de la boite, Nek-Thor, un Elfe aux cheveux noirs, coupés courts, et aux épaules délicieusement moulées dans des t-shirts toujours une taille en dessous, l’emmena à l’écart, dans un coin plus silencieux. Ils n’avaient presque pas besoin de crier pour communiquer.

« Luna, commença-t-il d’une voix suave, tu es là depuis à peine une semaine et déjà un client t’as repérée ! Il ne venait qu’une fois par semaine avant, et depuis que tu es là, il vient tous les jours ! »

La jeune femme baissa les yeux et sourit.

« Et ce client, continua Nek-Thor en retirant une mèche de cheveux du visage de la danseuse du bout de ses ongles longs, aimerait une prestation spéciale avec toi… Tu vois de quoi je parle ? »

Luna leva les yeux sur lui, les sourcils haussés d’un air interrogatif.

« Euh oui je crois, répondit-elle. Il veut une danse privée ! Je peux le faire bien sûr ! Je dois danser sur la table ou devant lui ? »

L’elfe sourit et secoua la tête.

« Tu es adorable ! J’aime les filles naïves comme toi. »

Il se rapprocha d’elle, la plaquant un peu plus contre le mur derrière elle, lui caressant l’épaule.

« Ma belle, les prestations privées, ici, sont bien plus intéressantes qu’une simple lap dance.

-Je… Je ne vois pas… »

Elle fit une légère moue et l’elfe devint moins tendre, sa main se referma fermement sur le bras de la jeune femme.

« Tu es ici pour avoir assez de pognon pour nourrir ta sœur. Joues pas à la conne avec moi. C’est pas avec tes danses et tes pourboires que tu auras assez pour ça. Alors tu vas être une très, très gentille fille avec le monsieur, tu vas aller à l’étage avec lui, choisir une alcôve et obéir à tout ce qu’il te demandera. »

Luna ouvrit de grands yeux.

« Il ne s’agit plus de danser, c’est ça ? »

D’un mouvement brusque, l’elfe se plaque contre elle, sa cuisse entre ses jambes, appuyant durement sur son sexe. La blonde grimaça et il lui saisit la gorge :

« Danser, c’est la vitrine. Tu es là pour me rapporter du pognon. Et si tu en veux une part, tu m’obéit. Point final. Naturellement… » Il redevint doux, caressant le cou et la poitrine de la jeune humaine. « Si tu avais envie de me désobéir, ou de ne pas satisfaire pleinement le client, inutile de te préciser que les sanctions seraient terribles pour toi et ta sœur. Tu sais, avec une main en moins, on peut encore danser, et j’ai certains habitués qui adorent les mutilées… »

Luna frissonna et baissa les yeux.

« Très bien monsieur. Je ne vous décevrai pas ! »

Il lui administra une claque sur la joue, comme on flatte un brave toutou, et l’accompagna jusqu’à l’homme qui attendait fébrilement, le pantalon déjà tendu sur son entrejambe.

Intérieurement, la jeune femme fit la moue, mais en surface, elle offrit un beau sourire à ce cher client avec qui elle s’apprêtait à passer probablement l’un des pires moments de sa vie.

L’elfe les conduisit tous deux au premier étage, endroit que la jeune femme n’avait pas eu le droit de voir jusqu’à présent. Ils passèrent une porte gardée par un vigile orc et entrèrent dans une grand salle ronde. Tout autour, de nombreuses alcôves, dont les entrées étaient fermées par de lourds rideaux de velours aubergine et tachés, pouvaient accueillir les danseuses et leurs admirateurs. L’une d’elle d’ailleurs, était occupée, et des soupirs lascifs et simulés s’en échappaient.

Nek-Thor referma la porte et les laissa ainsi.

Luna, semblant légèrement inquiète, fit d’abord le tour de la pièce. Elle passa la tête par le rideau du renfoncement déjà utilisé sans que personne ne le remarque et sourit.

« Bien, dit-elle d’un air franchement satisfait, j’ai tout ce qu’il me faut ! Je peux partir ! »

Elle se dirigea donc vers la sortie mais l’homme qui l’accompagnait lui barra la route.

« Hola ! Hola ! Tu comptes aller où comme ça ? J’ai payé pour t’avoir une heure ! » Luna le repoussa et lança :

« Vas falloir te faire rembourser coco, tu ne me toucheras pas, et tu ne verra rien de plus ! »

Il voulu la saisir par le bras mais d’un geste rapide et assuré, la jeune femme saisit son poignet et lui fit une clef de bras.

« Si tu gueules, je t’éclate le visage au sol. Si tu essayes encore de m’empêcher de partir, même chose. Réfléchis deux minutes…

-C’est bon ! Lâchez moi madame ! Lachez moi s’il vous plait ! »

Elle le lacha donc et lui pris sa veste pour se couvrir. Elle en avait assez de se promener les seins à l’air.

« On ne pourra pas dire que je n’ai pas obéit au client ! »

Quand elle sortit, le vigile lui barra la route. Elle sourit, prit son air le plus innocent possible et lui murmura à l’oreille, se serrant un peu contre lui. Pour une fois que son métier lui permettait un moment agréable, elle n’allait pas s’en priver, hein ?

« Je dois aller chercher quelques… Pilules bleues… Tu sais… Il était tellement… Enfin… Qu’il a déjà… Vous voyez… Hihihi ! Alors je vais essayer de… Relancer la machine un peu plus vite ! »

L’orc sourit et la laissa redescendre. Le patron, en revanche, fut moins sensible à son charme naïf. Elle tenta bien de l’embobiner, lui aussi, mais par manque de chance, il connaissait bien ce monsieur, habitué, et qui n’avait absolument aucun problème de performance. Il avait même plutôt tendance à épuiser, voire abimer, les autres femmes.

Il voulu donc contraindre Luna à remonter, la saisissant par le poignet, mais elle se dégagea vivement et lui envoya un grand coup de tête dans le visage. Il jura, lui envoya une droite qui envoya valser la jeune femme contre une table et appela les autres agents de sécurité présents.

Se tatant l’arcade et en essuyant le sang qui coulait, la blonde fusilla l’elfe du regard. Elle avait changé. Elle n’était plus l’innocente Luna, danseuse et prostituée, qui se sacrifiait pour subvenir aux besoins de sa jeune sœur. Non. C’était une toute autre femme. Elle avait redressé ses épaules, les poings serrés, les jambes légèrement écartées, bien fermes sur leurs appuis. Le sang coulant sur son visage et son œil commençant déjà à enfler légèrement ne semblant pas la perturber plus que ça.

Nek-Thor frissonna. Pour la première fois depuis un demi siècle, une femme l’excitait. Il essuya de sa bouche le léger filet de sang qui coulait sur son menton, regarda le liquide rouge au bout de ses doigts et dit aux videurs de ne pas bouger, de la lui laisser.

Autour d’eux, tout le monde s’était arrêté et les regardait. Les danseuses ne dansaient plus. Les buveurs ne buvaient plus. Les mateurs… Et bien… Mataient autre chose. La musique continuait de jouer à fond. Les projecteurs continuaient à balayer le bar. Et Nek-Thor faisait face à Luna, tous les deux prêts à se battre.

Ce fut l’elfe qui attaqua en premier.

Luna esquiva le coup et lui asséna un grand coup de coude à l’arrière du crâne. Elle pirouetta rapidement pour lui faire de nouveau face alors qu’il se relevait et lui laissa le temps de reprendre ses esprits. Le jeu commençait à l’amuser. Elle sourit et lui envoya un baiser. L’elfe sourit aussi, mais son sourire était nettement moins aimable.

Il se jeta de nouveau sur elle. Elle tenta de bondir en arrière mais elle tomba sur une table, renversant les verres qui se brisèrent au sol. Nek-Thor en profita pour la saisir par le col de la veste qu’elle portait et lui mettre à son tour un violent coup de tête.

La douleur intense sonna la jeune femme quelques instants, mais elle se reprit vite. Elle avait l’habitude. S’avançant vers lui d’un geste rapide, elle lui mordit la mâchoire et ne lacha que quand elle sentit le goût du sang.

L’elfe hurla en se jetant en arrière.

« Espèce de salope ! Sale pute ! Tu vas voir ce que je vais te faire ! Je vais t’apprendre le respect ! »

Il se rua de nouveau sur elle, mais elle réagit vite, une nouvelle fois. Elle fit un demi tour vif, lançant sa jambe en arrière pour le cueillir en plein élan, et saisi une bouteille renversée sur la table qu’elle avait bousculée. Elle la brisa et menaça l’elfe du tesson acéré.

« Je serai toi, mon beau, je me calmerai direct. Je ne m’appelle pas Luna. Je suis embauchée pour découvrir ce qu’il se passe ici avec les filles. Je filme tout depuis une semaine. T’as pas remarqué les boucles d’oreilles ? C’est beau quand même la technologie des fées ! Du coup, si tu veux éviter la prison à vie, tu ferais mieux de te calmer ! »

Elle conclu sa phrase en crachant par terre un mollard sanglant. La musique résonnait toujours, en rythme avec les battements accélérés de son cœur.

L’elfe se redressa de toute sa hauteur, souriant, et dit d’un ton narquois :

« Je t’ai vu faire. Tu n’auras pas le cran de me tuer ! »

Et il se jeta de nouveau sur elle. La jeune femme leva les yeux au ciel et se précipita elle aussi au contact, brandissant son bout de verre tranchant.

Elle n’eut pas besoin de le tuer. Pivotant sur le coté peu avant l’impact, elle se contenta de lui faire une large estafilade sur le torse et de partir en courant. Les vigiles qui gardaient la porte se prenant chacun respectivement un coup de coude et un coup de genou.

Dans la rue, elle sprinta quelques mètres, sauta par dessus une barrière, atterri un étage plus bas dans une autre rue et continua sa course, à bout de souffle, jusqu’à être sûre d’avoir semé d’éventuels poursuivants.

Enfin au calme, elle ferma la veste volée à l’homme, jeta son morceau de bouteille et essuya le sang qui maculait son visage, grattant les croutes qui commençaient déjà à se former. Elle entendait non loin la Garonne qui s’écoulait lentement, se foutant pas mal qu’elle ai failli mal finir.

Après quelques minutes, elle appuya sur ses boucles d’oreilles pour éteindre les caméras qui lui avaient couté si cher, et elle rentra, non pas chez elle, mais à son bureau. Elle avait encore bien trop d’adrénaline en elle pour réussir à dormir, de toute façon.

*****

Fermant à clefs la porte de son office, la jeune femme se hata de prendre dans son placard à dossiers des vêtements propres, à sa taille, et surtout, qui couvraient suffisamment ! Elle venait d’enfiler un jean et décollait ses nipples quand une petite tête verte et visiblement mal réveillée surgit au dessus du bureau.

Tous deux ouvrirent de grands yeux ronds. La jeune femme se cacha la poitrine et le gobelin se retourna vivement.

« Alvaarg ! Qu’est-ce que tu fais là ?

-Blanche, pourquoi tu te déshabille ici ? »

Elle enfila rapidement son débardeur noir et reprit, la mine contrariée :

« Hey, c’est mon bureau je te rappelle ! Et il est trois heures du matin ! Tu ne devrais pas être ici ! »

Le gobelin gratta sa barbe naissante et haussa les épaules :

« je suis allé picoler. Et chez moi c’était trop loin. On est bien sous ce bureau d’habitude ! T’es pas censée rentrer en pleine nuit, à moitié à poil ! Qu’est-ce que t’as encore fait ? C’est au Lagoon que ça a merdé ? »

Blanche prit le temps de servir deux cafés bien forts et de nettoyer son visage. Elle avait la lèvre inférieure légèrement fendue, son œil gauche prenait une teinte violette, mais ça lui était totalement égal.

S’installant à son bureau, derrière sa machine à écrire hors d’âge, elle expliqua enfin à son ami ce qu’il s’était passé. Il lui fit la morale, mais ne pu retenir un sourire quand elle raconta comment elle avait battu l’elfe.

« Bien fait, ça leur apprendra à ces sales pétentieux ! »

Elle soupira :

« Alvaarg, tu sais que je déteste quand tu tiens ces propos racistes !

-Ho me dit pas que tu les aime bien ! Je te rappelle que ton ex est un demi elfe et que c’est vraiment un gros con ! »

Elle ricana et avala un peu de café.

« C’est vrai, mais je ne crois pas que ce soit une affaire d’elfe. Sinon il n’aurait été qu’à moitié con. »

Elle retrouva son sérieux et lança la paire de boucles d’oreilles au gobelin.

« Allez, rends toi utile et met mois ces images sur clef, que je puisse les envoyer à mon client. Et fais en une copie pour les flics. Moi je vais taper mon rapport. »

Alvaarg soupira, agacé :

« Super ! Je viens me reposer et décuver, et tu me fais bosser ! Je suis vraiment exploité !

-Tu es payé je te rappelle !

-Et ça te laisse le droit de me faire travailler de nuit ?

-Et bien … Oui en fait. »

Il bougonna encore mais se mit au travail, sortant son ordinateur portable, alors que Blanche avait déjà commencé à écrire sur sa machine antique.

« Tu vas te décider, un jour, à acheter un ordinateur ? »

Elle leva les yeux sur lui, un sourcil haussé.

« Pour quoi faire ?

-Je ne sais pas… Des recherches, envoyer tes rapports plus vite ?

-Avec les coursiers fées, ça va vite aussi. Et tu sais que je suis nulle avec tous ces trucs technologiques. »

Le gobelin n’insista pas.

*****

Le soleil se levait quand Blanche rentra enfin chez elle. Ses yeux étaient rouges de fatigue. Elle retira ses lentilles, mit ses lunettes, se doucha, se soigna un peu mieux (elle mit un pansement sur son arcade) et se coucha directement sur son canapé.

C’est son téléphone qui la tira du sommeil agité dans lequel elle était plongée. Elle râla, insulta l’appareil, le saisit, le fit tomber, le ramassa et répondit enfin, d’une voix rauque :

« QUOI !

-C’est ton assistant préféré. Il y a quelqu’un au bureau pour toi. Un nouveau travail. Tu devrais venir.

-Mais j’ai pas dormiiiieuuuuh ! » gémi-t-elle.

« Je crois que ça n’a pas trop d’importance. Vient vite, on t’attend. »

Tout en maudissant la terre entière sur une quinzaine de générations, la jeune femme se leva. Elle s’habilla, s’attacha les cheveux, et enfourcha sa moto.

Elle arriva à son bureau une demie-heure plus tard, un peu plus réveillée, mais d’aussi méchante humeur. Elle se servit un café, préparé préalablement par Alvaarg, qui la connaissait bien, et porta enfin son attention sur la personne qui avait demandé à la voir.

C’était un homme, assez grand, le teint d’une blancheur terrible, les yeux bleus, à la pupille verticale, et les cheveux auburns et coupés courts. Un vampire. Elle le salua et s’installa, s’excusant de son retard et de sa tenue.

« Ma fiancée a disparu. »

Tous ses rendez-vous commençaient comme ça en général. Fiancée, frère, sœur, elle passait la majeure partie de son temps à rechercher des gens. Elle commença à noter ce que lui disait le vampire.

Il s’appelait Amaury Deroche. Sa fiancée, une humaine de 25 ans, n’était pas rentrée chez elle après une soirée avec ses collègues. Il était allé voir la police mais ceux-ci n’aimaient pas traiter avec ceux de son espèce et l’avaient envoyé balader, en sous entendant que si elle était retrouvée morte, il serait le suspect numéro un.

Il avait peur que ça ait un rapport avec les meurtres récents. Blanche nota… Laissa un instant son stylo en suspend au dessus de sa feuille et demanda :

« Quels meurtres ? Je suis désolée, j’étais dans une enquête un peu prenante, je n’ai pas eu le temps de suivre l’actualité.

-Surtout qu’elle n’a pas d’ordinateur ni de téléphone portable pour se simplifier la tache » bougonna Alvaarg.

Le vampire lui apprit donc qu’il y avait quelques semaines, on avait retrouvé le corps d’une elfe, visiblement mutilé et mis en scène de manière macabre. Il y avait eu peu de détails, mais certains journaux, avaient mentionné d’autres meurtres identiques. Et il craignait que sa fiancée ne soit une autre victime. Il n’avait aucune raison objective de le penser, mais Blanche savait que les intuitions des vampires étaient souvent justes. Elle accepta donc le cas, ne promettant rien à l’amoureux.

Alvaarg soupira, se fit craquer les doigts et servit une nouvelle tasse de café à la jeune femme.

« J’ai imprimé les articles de journaux. J’ai commencé un nouveau dossier, et j’ai profité de l’attente pour te trouver les coordonnées des parents, des collègues et du journaliste. Tu devrais peut-être commencer par appeler Andréa par contre. J’imagine qu’ils savent plus de chose que le gratte papier. »

Blanche le remercia et se mit au travail. Les articles ne disaient pas grand chose. On parlait d’un fée retrouvé mort dans une curieuse mise en scène. D’un garou, alors que l’on croyait l’espèce inexistante en ville, retrouvé massacré selon un rituel sordide. Et d’une elfe, danseuse de cabaret, massacrée, mutilée, retrouvée dans un pentagramme.

Les parents et les amis ne lui furent pas d’une grande aide. Ils avaient déjà dit tout ce qu’ils savaient à la police. Ils savaient qu’Amaury avait demandé l’aide d’une détective. Mais ils n’avaient aucun indice.

Après le travail, l’hotesse d’accueil était allée dîner avec des collègues et n’était jamais rentrée chez elle. Ses amies se souvenaient qu’elle n’avait pas bu, qu’elles s’étaient séparées sur les quais du métro aérien de la station du Haut Gradignan, et c’était tout.

Blanche appela donc Andréa. Il était midi et demie, elle devrait être en pause et sans ses collègues policier autour.

« Salut ma belle ! Que puis-je pour toi ? »

Andréa et Blanche s’étaient rencontrées quelques années plus tôt, quand la détective était entrée à l’école de police. Elle s’en était rapidement faite renvoyer à cause de son rapport conflictuel avec l’autorité, selon le document qu’ils lui avaient envoyé, mais Andréa, qui avait été sa formatrice, ne l’avait jamais laissée tomber. Et c’était même elle qui l’avait mise sur la voie du métier de détective. Depuis, elles étaient restées bonnes amies et s’aidaient mutuellement sur certaines enquêtes. Andréa lui donnait quelques informations confidentielles, et Blanche servait de bras armé, quand certains suspects doués devaient être un peu secoués, mais en toute discrétion.

Blanche expliqua donc son nouveau cas à son amie, mais celle-ci ne pu rien faire pour elle. Non seulement, elle n’en n’avait strictement pas le droit, mais surtout, elle ne savait pas grand chose. Elle pu simplement lui dire que les caméras de surveillance ne montraient rien. La jeune femme était montée dans son métro, et on ne la voyait pas ressortir.

Elle lui donna aussi les détails du rituel, les victimes étaient retrouvées enchainées, suspendues dans un cercle de métal, la machoire retirée. Sous elle, dessiné au sol, un pentagramme accueillait au sein de ses branches, cinq bougies entièrement fondues. A ses extrémités, on trouvait divers objets : une branche de conifère, un cercle métallique, un sablier brisé, une sorte de croix arrondie sur le dessus et… La machoire de la victime. Il y avait aussi des traces noires de brûlures, mais le vent emportait les cendres.

Blanche notait tout, promettant de ne rien révéler, gardant un sang-froid presque médical.

Alors qu’elles allaient raccrocher, se proposant de se voir pour boire un verre un ce jours, Andréa rajouta :

« Tu devrais appeler ce journaliste pénible… Finn Hound. C’est lui qui a écrit les articles sur l’elfe et signalé le rapprochement avec les autres meurtres. Il passe presque tous les jours ici pour avoir des informations, il nous menace, on le menace, bref, c’est un caractère de merde. Vous devriez vous entendre !

-Ah super ! Merci bien ! »

Andréa ricana et retourna à ses élèves policiers. Blanche appela donc le journaliste.

*****

Blanche était installée à la table d’un café, une bière devant elle, quand un homme vint s’asseoir en face d’elle. Il était grand, carré, brun, les cheveux mal coiffés, la barbe pas rasée depuis quelques jours. Ses yeux gris étaient légèrement cernés. Elle n’aurait pas su dire précisément quel âge il avait. Peut-être entre quarante et cinquante-cinq ans…

Malgré la chaleur, il portait un jean et une chemise, dont les boutons supérieurs ouverts, lui donnait l’air d’un baroudeur décontracté des siècles précédents. Il s’alluma une cigarette. Blanche ouvrit de grands yeux. Elle n’avait vu personne fumer depuis des lustres. Il fallait bien admettre que le fait que la production industrielle de ces petits rouleaux empoisonnés ait été arrêtée totalement rendait leur achat plus compliqué.

Quand sa bière fut servie, l’homme demanda enfin :

« Vous êtes Blanche ? C’est vous qui m’avez appelé par rapport aux meurtres ? »

Elle bu une gorgée de bière et acquiesça.

« C’est moi. Je travaille sur une disparition inquiétante. Un fiancé épris craint que sa douce ne soit la prochaine victime. »

Rejetant de la fumée par les narines, l’homme fixa, curieux, la jeune femme :

« Et qu’est-ce qui lui fait penser ça ?

-Rien de spécial. Mais c’est un vampire.

-Ah oui. Ces bêtes là ont de bonnes intuitions en général. Mais je ne vois pas en quoi ça m’intéresse. »

Blanche soupira.

« Une amie m’a dit que vous saviez des choses que la police pouvait ignorer. Et je sais des choses que la police ne vous a pas révélé. J’ai pensé que vous pourriez m’aider, contre quelques petites choses à mettre dans vos articles. »

Pour la première fois, Finn sourit, révélant une dentition parfaite. Il écrasa son mégot sous sa chaussure et le jeta par dessus le rebord de la terrasse du café. Blanche le regarda tomber, toujours plus bas, et se tourna de nouveau vers le journaliste.

« Je ne pense pas que la police vous ai vraiment appris quoi que ce soit. Il semblerait que ce soit un dossier sensible.

-C’est vrai. Ils ne m’ont pas dit grand chose, mais je ne pense pas que vous en sachiez des masses non plus. »

Appuyé sur ses coudes, l’homme se pencha en avant sur la table.

« J’avoue savoir peu de choses, mais j’ai obtenu quelques infos intéressantes d’un camarade flic. »

L’imitant, Blanche répondit qu’elle aussi, avait une camarade flic. Mais qu’elle refusait de donner ses informations à un gratte papier qui, visiblement, avait plus de gueule que de faits sur cette histoire. Pourtant, elle était sûre qu’il pourrait l’aider. Et lui aussi semblait tenter de la croire. Mais leurs égos ne voulaient pas céder.

Ils se séparèrent donc froidement. Se souhaitant mutuellement de réussir dans leurs recherches.

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