Roman Sans Titre 2

PROLOGUE

La montre à gousset de Vargas venait de sonner. Enfin ! Cette nuit avait été particulièrement longue. Non pas que son métier de gardien de nuit de l’usine de fabrication de métros aériens soit spécialement agité, mais allez savoir pourquoi, aujourd’hui, il n’avait pas vu un chat ! A peine quelques gros rats traversant les allées sombres entre les hangars.

L’orc retourna donc à l’entrée, dans le vestiaire où son collègue gardien de jour était déjà prêt à se mettre au travail, finissant son gobelet de café. Ils se saluèrent, échangèrent quelques banalités et Vargas ouvrit son casier. Il retira son uniforme, le plia soigneusement, suspendit la veste sur son cintre, rangea son pantalon sur l’étagère du haut, ses chaussures sur celle du bas, et saisi ses habits civils.

Il jeta un coup d’oeil à son reflet dans le miroir, gratta sa barbe naissante et haussa les épaules. Il était fatigué, il se doucherai en arrivant chez lui. Il se changea donc rapidement et quitta l’usine, saluant le jeune elfe embauché récemment pour gérer les entrées et sorties du personnel.

Une pluie fine, classique en ce mois de mars, tombait doucement, assez glaciale pour faire frissonner l’orc. Il remonta le col de sa veste et hâta le pas vers son arrêt de métro aérien. Il avait hâte d’être chez lui, de prendre une douche bien chaude, et de dormir enfin. Mais il devait encore tenir les dix minutes de métro, les cinq minutes de marche pour changer « d’étage » et passer à la zone intermédiaire de Blanquefort, pour finir par trente minutes de métro classique pour atteindre le moyen Saint Médard et enfin pouvoir se mettre au sec et au calme.

Comme toujours, il n’eut qu’à attendre quelques minutes, sur le quai désert à cette heure encore bien trop matinale, alors que le jour ne pointait pas encore. Suspendu à son unique rail de titane, le métro arriva à toute allure et s’arrêta devant lui.

La rame était vide, à l’exception d’un homme qui semblait endormi, ses immenses jambes tendues, les mains dans les poches et la capuche de son sweat-shirt gris rabattue sur son visage.

Varkas alla s’asseoir à coté d’une fenêtre et, la tempe appuyée sur la vitre, regarda dehors, tranquillement. Les gouttelettes d’eau dessinaient de longs traits flous contre le plexiverre à cause de la vitesse, brouillant le paysage urbain qui s’étendait à perte de vue. Et dire qu’il y avait encore deux siècles de cela, ici, ce n’était que de la campagne.

L’orc soupira et ferma les yeux un instant. Il failli s’assoupir et décida donc de se lever et d’attendre son arrêt devant la porte. L’autre homme, un elfe sûrement vues sa taille et sa silhouette élancée, dormait toujours, le menton reposant sur sa poitrine. Varkas se demanda même s’il n’était pas mort, mais le léger mouvement de sa poitrine le rassura.

A peine quelques minutes plus tard, l’orc sorti enfin sur le quai. Ils étaient presque au terminus, peut-être devrait-il réveiller l’elfe pour éviter qu’il ne manque sa station ? Il se retourna vers le wagon mais celui-ci était vide. L’orc frissonna. Il n’avait vu personne sortir.

Remontant encore son col, enfonçant ses mains dans les poches, il se hâta vers son prochain métro, légèrement inquiet sans trop savoir pourquoi.

Après quelques mètres, il fut de plus en plus sûr qu’on le suivait. Il essaya donc de semer l’elfe – qui d’autre cela pouvait-il être?- en empruntant des rues et des escaliers au hasard, mais cette sensation ne le quittait pas. Quand il prenait un virage, il lui semblait voir la grande silhouette tourner aussi, ou son ombre se dessiner sous la lumière jaune et crépitante d’un lampadaire…

Mais après tout, de quoi avait-il peur ? Pourquoi lui, Varkas Kark, orc dans la force de l’âge, agent de sécurité, pas beaucoup plus petit mais beaucoup plus carré que ce gringalet d’elfe, et rompu à diverse techniques de combat et de défense ; Pourquoi, lui, devrait avoir peur ?

Il attendit donc d’être dans une petite rue déserte, entendant désormais le pas léger de son poursuivant plusieurs mètres derrière lui, pour se retourner vivement, prêt à l’interpeller.

Hélas, il n’en n’eut pas le temps. Juste devant lui, deux yeux jaunes le fixèrent. Il sentit une grande chaleur, puis une violente douleur dans tout le coté de la tête. Tout devint noir.

Varkas n’aurait pas su dire combien de temps il était resté inconscient. A vrai dire, la seule chose dont il était certain, c’était que sa tête et son visage étaient affreusement douloureux. Le choc qu’il avait reçu devait être terrible. Il voulu se frotter la mâchoire, la tempe, mais quelque chose l’en empêcha. Ses mains étaient immobilisées. Il leva les yeux vers elles et les vit, écartées, au dessus de lui, enchainées à une sorte de grand cercle de métal. Il tenta de remuer mais c’était impossible. Ses jambes aussi étaient attachées, écartées. Et cette douleur, cette douleur terrible.

Sa vision,légèrement brouillée, lui révéla quelques points lumineux au sol, le ciel rosissant loin, très loin au dessus de lui, à peine visible entre les immeubles, les routes, les rails qui les surplombaient.

Une grande silhouette élancée bougeait devant lui, mais il ne pu pas vraiment distinguer de qui il s’agissait. Et cette douleur… Cette douleur terrible à la tête qui ne le quittait pas…

Il voulu parler, demander ce qu’il se passait, appeler au secours, mais seuls des borborygmes incompréhensibles sortirent de sa gorge.

La silhouette lui fit face et dit d’une voix étrangement douce, presque tendre, alors que Varkas commençait enfin à réaliser et à paniquer :

« Ne cherche pas à parler, orc. Tu ne le peux plus. J’ai été obligé de prendre ta mâchoire, comprends-tu. J’en suis désolé. J’espère que tu sauras me pardonner… »

Varkas, fou de terreur et de douleur hurla, mais son supplice ne dura pas. Il sentit quelque chose de froid sur sa gorge, juste sous la chaine qui lui maintenait le cou, puis son torse se réchauffa. Ce fut la douleur qui disparu en premier. Puis la peur. Le monde autour de lui s’enveloppait de coton. Un coton gris, s’assombrissant en même temps que ses yeux se ternissaient. Puis il eu froid. Puis plus rien.

Face à lui, la grande silhouette soupira, les yeux fermés.

« Je suis désolé, orc. Je n’ai pas le choix. »

Babel-Central-Station—©Sam-Van-Ollfen

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