Le Jeu

Voici une nouvelle écrite il y a quelques années. Au départ, je l’ai écrite dans le cadre d’un concours d’écriture. Les règles étaient simples: ma première et ma dernière phrase étaient imposées. Le reste était libre.

Donc, en utilisant cette première et cette dernière phrase, j’ai écris cette nouvelle en puisant dans mes inspirations: Noir Désir, Battle Royale, ma passion des zombies…

C’est ensuite cette nouvelle que j’ai décidé d’utiliser pour ouvrir mon recueil de nouvelles « En Route pour la Joie ». J’ai eu envie de développer le monde post apocalyptique que j’avais abordé et plusieurs nouvelles me semblaient le support idéal. Je vous souhaite une bonne lecture!

Le Jeu

A quelle hauteur vas-tu ériger tes remparts ?

Où vas-tu repousser tes nouveaux murs d’enceinte ?

Quelque chose est resté en travers de la gorge et nous voulons cracher c’est la moindre des choses mais vous pouvez, madame, vous adressez à nous car tout n’est pas perdu non tout n’est pas perdu de vos mythes d’aurore ici le soleil brille pour tous et on y croit.

B. Cantat. « L’Europe. »

« Te voilà enfin arrivée au bout du couloir, tu entends les autres derrière toi qui sont à tes trousses. Plus que quelques mètres et ce que tu tiens dans les mains sera enfin à toi.

– Ça va, je sais ! JE SAIS! » La jeune femme avait hurlé de toutes ses forces pour couvrir cette horrible voix qui leur parlait depuis le début de ce cauchemar. Pourtant la voix féminine, calme et suave, reprit après un petit rire : « Il me semble que tu craques enfin. Comment te sens-tu ? Ce jeu te déplaît ? Annah, réponds, voyons, tu peux courir et parler en même temps, dis tout à la Maîtresse du Jeu ! » Toujours en courant, tenant précieusement dans ses mains la petite seringue au liquide orange si précieux, la trentenaire se retourna pour voir où en étaient ses poursuivants. Les deux hommes étaient à une cinquantaine de mètres. Comment un foutu couloir pouvait-il être aussi long ? Devant elle, la large porte vitrée, rehaussée du néon blanc et froid, annonçant « check point », l’attendait. Courant près d’elle, une large pelle bosselée à la main, une petite fille au teint pâle, malgré sa course, gardait les yeux rivés sur la porte. « Allons Annah, réponds-moi.

– Je me sens dans un putain de traquenard ! Vous allez faire quoi, encore, espèce de salope ? » La Maîtresse du Jeu rit de nouveau : « Allons, surveille ton langage, je pourrais encore décider de te faire donner le vaccin à un de tes adversaires. Rappelle-toi que c’est grâce à moi que tu l’as désormais en ta possession, je peux encore en déterminer le porteur tant que tu n’as pas franchi cette porte! » La femme ne répondit pas, se mordant la lèvre inférieure, les larmes aux yeux.

Depuis qu’elle avait ouvert les yeux dans ce hangar, tout était allé très vite et surtout très mal. Elle commençait à avoir mal au crâne, peut-être à cause de la contagion ? Depuis que cette maladie avait débarqué, elle avait toujours dit qu’il se passerait des choses terribles et elle avait eu raison, mais jamais elle n’aurait pu imaginer une horreur pareille. Pourtant, en y repensant, tout avait dégénéré quand ils avaient trouvé le vaccin pour arrêter la contagion ! C’était devenu de pire en pire ! Les survivants s’étaient montrés encore plus dangereux que les infectés. Les premiers mots de la maîtresse du jeu résonnaient encore dans son crâne douloureux : « Bonjour Annah, tu as été sélectionnée pour notre grand jeu. Je t’explique le but du jeu si tu ne le connais pas déjà. Vous êtes quatre à avoir été dispersés dans ce hangar. Vous avez tous été contaminés. La maladie est rapide aussi, vous avez quatre heures pour trouver le seul vaccin et vous enfuir. Tant que vous n’avez pas passé le check point, je peux décider à tout moment de qui portera la seringue si fragile et si précieuse. Après ce point de passage, elle appartiendra à celui ou celle qui la tient. La porte de sortie, si vous l’atteignez, ne s’ouvrira qu’à un vacciné. Les autres resteront dans le hangar avec les précédents participants qui ont échoué. Bon jeu. » Bon jeu… quelle belle connerie ! Ah ça oui, elle les avait trouvés, les autres participants ! Un gros en sueur qui passe son temps à crier qu’il va crever, un malade de la tactique à moitié hystérique et une gamine de huit ans. Un seul vaccin pour quatre. C’était de la torture pure et simple ! Et comment se tuer alors que les seules armes à disposition sont une pelle, une barre de fer, un sac en plastique et une gamelle pour chien ?

« Annah, ils nous rattrapent! » En ruminant, la jeune femme avait légèrement ralenti et en effet, les deux hommes les rattrapaient. « T’inquiète pas ma puce, plus que quelques petits mètres ! » Quelques secondes plus tard, elle posait sa main sur la poignée mais la porte resta fermée. Derrière elles, dans le couloir, une grande vitre avait séparé les deux participantes de leurs collègues masculins et la voix résonna de nouveau : « Allons, ce serait trop facile si on ne vous mettait pas une petite épreuve, hein ? Vous allez devoir nous prouver que vous méritez de gagner! » Un bruit métallique retentit et une porte s’ouvrit sur le coté. Deux infectés en surgirent. Ils tournèrent tout de suite la tête vers les deux joueuses et avancèrent sur elles d’un pas traînant. Annah hurla: « Bordel, mais vous êtes dingues ?

– Ce sont eux la clef de votre survie, alors vous devriez plutôt vous en occuper non? » La petite fille tenait fermement le manche de sa pelle, pleurant à chaudes larmes. La jeune femme attrapa sa barre de fer, coincée dans sa ceinture, et mit la précieuse seringue dans son soutien-gorge. « J’ai peur… J’ai peur…

– Je sais Éveline, je sais… je te protège, je te l’ai promis, ils te feront pas de mal. » Terrifiées, elles assénèrent de violents coups sur les cadavres qui avançaient vers elles. Leurs crânes déjà presque pourris se fracassèrent rapidement et les zombies tombèrent, inertes. Annah tenta de nouveau d’ouvrir la salle, mais la porte restait fermée. En revanche, de l’autre coté, la vitre qui les séparait des deux hommes commençait à descendre lentement. « Annah ! Elle a dit qu’ils étaient la clef de notre survie ! La clef doit être dedans ! » Elles plongèrent alors leurs mains dans la chair putréfiée, prises de nausées, mais bien plus pressées de passer le check point que de se préoccuper de l’hygiène de leurs ongles.

Pendant ce temps, la Maîtresse du Jeu, de sa voix suave et enjouée commentait : « On peut dire que vous avez merveilleusement défendu votre vie une fois de plus ! Je suis étonnée par ta force, Éveline ! Nous avons bien fait de te choisir ! Tes parents doivent être fiers de toi ! Vous avez reconnu Khaled et Noémie, participants malchanceux de notre troisième Jeu ? Oh ! Noah, notre auteur de nouvelles d’horreur sans succès, essaye de faire la courte échelle à Guillaume pour passer au-dessus de la vitre ! Quel manque de patience et de savoir-vivre ! Si je ne voulais pas vous presser, mesdemoiselles, je remonterais la vitre pour leur apprendre la politesse ! Un participant pourrait-il gagner avec un bras en moins ? » Annah poussa un cri, elle venait enfin de trouver la clef, mais elle était glissante et couverte de matières répugnantes, et refusait d’entrer dans la serrure. Elle paniquait, tremblait. « Dépêche-toi Annah, ils vont passer ! » En effet, Guillaume avait réussi à passer la vitre et courait vers elles. Annah sentit la clef s’enfoncer d’un coup dans la serrure. Clic ! La porte était ouverte. Elles se ruèrent dans la salle suivante et claquèrent le lourd battant de métal sur les doigts de l’informaticien qui furent tranchés nets. Son hurlement était assourdi par la vitre épaisse qui les séparait ?

« Tu me portes ? Je veux voir s’ils sont bien de l’autre côté ! » Annah baissa les yeux sur la petite fille couverte de sang et dit: « Mais tu le sais, ma chérie, qu’ils y sont !

– Mais de les voir, ça me fera moins peur… » La jeune femme passa ses mains sous les aisselles de l’enfant et la souleva, mais elles eurent un réflexe de recul car soudain, des lance- flammes incendiaient le couloir, brûlant vifs les deux hommes qui y étaient. La Maîtresse du Jeu dit alors : « Eh oui ! Ils ne pouvaient de toute façon plus gagner ! Un peu de spectacle et de rebondissements, c’est important! Ainsi vous pouvez voir les nouveaux équipements du Jeu ! » Annah secoua la tête : « Mais vous êtes malade… Vous êtes malade! » Sans y prêter attention, la Maîtresse reprit : « Comme vous avez pu le voir, après toutes ces années, nous vous réservons encore de nouvelles surprises à chaque émission ! Aussi, ne partez pas! Nous vous laissons pour une courte page de publicité ! Profitez-en pour appeler notre standard et acheter nos produits dérivés ! T-shirts, DVDs, porte-clefs, et autres objets de votre émission préférée! À tout de suite pour la deuxième partie du Jeu ! »

Quand l’image revint sur l’écran, la petite fille s’était mise à pleurer et la jeune femme l’avait prise dans ses bras, embrassant son front. Elle la berça doucement et dit à voix basse: « T’inquiète pas ma chérie, on va y arriver ! On fait comme on a dit, on trouve la sortie toutes les deux, ensuite je te vaccine et toi tu me tues avant de sortir d’accord ? Tu es toujours d’accord ? Hein ma puce ? Sophie, tu m’entends ?

– Je suis pas Sophie, t’as dis que je lui ressemblais mais je suis pas Sophie !

– Pardon ma puce, bien sûr que tu n’es pas elle. Mais je t’ai dis qu’elle avait attrapé la maladie. Et toi, je ferai tout pour que tu ne l’aies pas ! Je te le promets ! » Elles avaient repris leur souffle, et c’est là que la Maîtresse du Jeu reprit : « Allez jeunes filles, je vous rappelle que vous êtes toujours contaminées et que vous devez trouver la sortie ! » Annah acquiesça. « Elle a raison, je vais te vacciner maintenant et ensuite on aura juste à trouver cette putain de sortie ! » Elle avait crié sur la fin de sa phrase, contrôlant de moins en moins ses nerfs. Cela faisait au moins deux heures ou plus qu’elle tournait en rond dans ce labyrinthe infesté de zombies et de pièges et elle commençait à craquer. Elle attrapa la seringue et releva la manche de l’enfant mais celle-ci hurla. Une porte s’était ouverte et une dizaine d’infectés entraient. À croire que la production ne voulait pas que l’on se vaccine avant de trouver la sortie. Remettant le vaccin dans son soutien-gorge, elle saisit sa barre de fer et commença à frayer un passage à la petite fille au milieu des cadavres ambulants. Elle était submergée par l’odeur du sang et de la chair pourrie et quand le massacre fut terminé, elle vomit, pour la quatrième fois depuis son réveil. Elle ne vomissait plus que de la bile et râlait car elle perdait du temps mais elle ne pouvait pas se retenir. Pourtant, elle voulait paraître forte et rassurante pour Éveline, mais rien n’y faisait. Elle essuya sa bouche et repartit.

Elles avancèrent dans des couloirs étroits, tournèrent dans des salles sans issues, revinrent sur leurs pas. Annah avait l’impression de devenir folle. Elle vomissait du sang maintenant, selon la Maîtresse du Jeu, c’était un des premiers symptômes de l’infection. Éveline aussi vomissait du sang, elles commençaient à pourrir de l’intérieur. Pourtant, la jeune femme était assez fière d’elles, elles avaient réussi à déjouer quelques pièges, les plus dangereux, elles n’étaient pas mutilées, et la pire épreuve avait été de tuer ces zombies qu’ils avaient habillés comme leur famille. Cette petite morte avec la robe de communion de sa Sophie… Elle avait voulu mourir quand elle lui avait asséné ce violent coup sur le crâne.

« Vous êtes bientôt à la fin du temps imparti ! Sentez-vous la douleur dans votre tête ? Et ces quelques pertes d’équilibre ? Annah ! Comment te sens-tu? Penses-tu pouvoir sauver Éveline?

– Oui, je vais la sauver ! OUI ! » Elle poussa une porte à double battants et se figea. Devant elle, une porte vitrée. Derrière, il y avait de la lumière, des silhouettes, et surtout, au-dessus, ce panneau vert qui annonçait la sortie. Elle poussa un cri de joie et se rua sur la porte, tambourinant sur le panneau vitré. Elle vit ses parents, dans les bras l’un de l’autre, lui sourire et lui faire un signe malgré les larmes qui inondaient leurs joues ridées. Avec eux, un autre couple et un adolescent. La famille d’Éveline. Il y avait aussi toute une équipe de tournage, quelques miliciens pour encadrer les familles, et des médecins. Se retournant, Annah, souriante, lança en attrapant la seringue : « Éveline, on y est ! Je vais te soigner, et… AAAH ! » Elle poussa un cri quand l’enfant lui mordit le bras. Le vaccin tomba mais par miracle ne se brisa pas. Les yeux de la fillette étaient voilés, blancs, elle était morte. La voix de la Maîtresse du Jeu résonna: « Il semblerait que la contamination soit plus rapide chez les enfants ! C’est intéressant ! Annah, attrape donc le vaccin pour te piquer et qu’on te sorte de là ! » La jeune femme se pencha mais Éveline avança pour la mordre de nouveau et marcha sur le précieux flacon de verre. Annah hurla et la Maîtresse dit d’une voix navrée: « Quel dommage, Annah, tu avais si bien joué ! » Elle se tut quelques secondes et commenta: « Alors, le regard embué de larmes, tu te retournes et fuis jusqu’à perdre haleine. »

Zombies-Application

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2 réflexions sur “Le Jeu

  1. Très bien écrit j’adore , frisson garantie .Petite question ce texte n’a t’il pas était publier dans short éditions pour une sélection.

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